Lorsque le portrait s’est imposé dans mon travail photographique, il n’a su se départir d’une référence aujourd’hui absolument incontournable pour moi, celle de l’icône religieuse des églises orthodoxes. Mais si je puise désormais mon inspiration en Grèce ou en Russie, ce n’est pas tant pour le trait lui même que pour l’esprit, où il s’agit toujours de rendre un peu de sacré à toute cette chair. J’y trouve donc un modèle pour mon organisation en séries, ou encore un certain travail sur la lumière, tant il est vrai que les graveurs d’icônes la recherche au sein même de l’image. Bien qu’en contradiction parfois avec mon modèle, tout le reste pour moi relève pourtant de la même esthétique : plans rapprochés, absence d’objets ou d’indicateurs temporels, couleurs invisibles, dans l’esprit de ce qu’on a appelé les icônes pauvres ou krasnouchki.

Je ne sais pas photographier. Je fais les choses par hasard, par intuition. Je ne sais rien voler au temps, aux événements, au quotidien. Je n’arrive à prendre que ce que l’on veut bien me donner dans un contexte singulier (je veux dire unique, sans changement) que j’ai moi même défini par avance, et dont je ne saurais ni m’écarter ni me départir, encore moins m’affranchir. Je ne sais pas non plus fabriquer la lumière ; je la reçois telle qu’elle me vient, dans un plan resserré au plus près de la peau et de ses imperfections. Et si je tente d’arracher malgré tout quelque chose parfois, c’est peut-être cela : le flou dans la netteté des corps, tant il est vrai que notre œil si peu enclin pourtant à nous obéir là-dessus nous retient toujours d’un côté ou l’autre de ces mondes, le flou et le net renvoyés dos à dos dans ce que nos organes nous donnent à sentir de la réalité.

Ma véritable entrée en photographie, quand l’œil enfin pense ce qui nous regarde, correspond à mon arrivée en Asie. Je ne me hasarderai à aucune interprétation, mais mon travail en a déjà tiré toutes les conséquences nécessaires, en choisissant son objet dans le lieu même de son éveil : un corps imberbe, bridé et masculin. Et si j’ai conscience de traquer cette vie dans une pensée qui malgré tout demeure judéo-chrétienne, je l’ai cependant harponnée du côté le plus oriental de mon Occident chrétien, dans un référentiel où Novgorod brille encore de tous ses ors.

Pas de système dans mon travail, mais une certaine monomanie. Je ne peux simplement pas me tenir ou si peu hors du face à face et du corps à corps.

BIO

Born in 1967 in Cognac, France. Since 2001, I manly take black and white portraits of asian men & color pictures of asian old textiles. Most of my series are referring to icons from the orthodox tradition. Nude is considered in my work as portrait as well. I have been exhibited in Taiwan, Japan, Indonesia… I currently live in Asia.
Né en 1967 à Cognac, France. Depuis 2001, et en référence aux icônes des églises orthodoxes, je ne travaille que sur le portrait en noir et blanc d’hommes asiatiques associé parfois à des tirages couleurs de textiles issus de la même tradition, le nu étant traité comme une possible variante du portrait. Mes œuvres ont été exposées à Taiwan, au Japon, en Indonésie… Je vis en Asie depuis 8 ans.

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Exhibitions

  • 2008, L'Office des Ténèbres, Monma Annex Gallery, Sapporo, Japan
  • 2007, Nephelim 2, Kusia Gallery, Bali, Indonesia
  • 2007, Nigra sum sed formosa, AFS, Sapporo, Japan
  • 2006, Nephelim 1, Kusia Gallery, Bali, Indonesia
  • 2006, Myrrhophores, Wayang Gallery, Taipei, Taiwan
  • 2006, Iconostasis, Alliance française, Sapporo, Japan
  • 2005, Iconostasis, Wayang Gallery, Taipei, Taiwan
  • 2005, Epiphania, Wayang Gallery, Taipei, Taiwan
  • 2005, Autoportrait d'un cube, Alliance française, Taipei, Taiwan
  • 2004, Autoportrait d'un cube, TIVAC, Taipei, Taiwan
  • 2004, Iconostasis, Eslite Book Store, Taipei, Taiwan
  • 2003, Mangdylion, Alliance française, Taipei, Taiwan
  • 2002, Lire le Voyage, Institut français, Taipei, Taiwan
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